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L'art de ne pas prendre les mots au pied de la lettre !


Le recours de plus en plus fréquent à l’image et à la vidéo pour réaliser des spots publicitaires, des films de présentation sur un produit ou une entreprise entraînent une demande accrue de traducteurs spécialisés dans ce domaine. Bien sûr, il existe des logiciels de doublage ou de sous-titrage, mais une bonne traduction ne se limite pas à une traduction automatique et un simple aspect technique. Bien d’autres critères entrent en ligne de compte ayant trait tant à une excellente maîtrise de la culture et de la langue qu’à une réelle sensibilité et compréhension de la vidéo traduite.

Avouez que lorsque vous entendez : « Ta sœur est trop obstinée. Elle ne veut rien savoir. Elle est hors de contrôle », comprendre « ta sœur est entêtée. Elle ne veut rien entendre et n’en fait qu’à sa tête » ne tombe pas sous le sens si le traducteur ne maîtrise pas à la fois le québécois et le français. Entre francophones, nous avons parfois bien du mal à nous comprendre alors que nous parlons la même langue !

Traduire et parler à la même vitesse pour rester synchrone

Dans les années 80, les traducteurs audiovisuels étaient surtout sollicités pour doubler des films et réaliser le sous-titrage. Très vite, les contraintes du métier sont apparues. Il suffit d’une désynchronisation au dixième de seconde pour que le mouvement des lèvres ne corresponde plus aux paroles prononcées et soit perceptible. Le sous-titrage comme la traduction audiovisuelle sont soumis à des contraintes drastiques en termes de temps de lecture et de nombre de caractères fixés en France. Le traducteur doit suivre le tempo des dialogues d’origine et prononcer le nom d’une marque ou d’une personne au même moment pour ne pas dérouter le spectateur. Certains mots sont intraduisibles en l’état. Par exemple, « mesmerism » est utilisé très couramment en anglais pour dire de quelqu’un qu’il est sous influence ou l’emprise d’une autre personne. En français, on est obligé de recourir à une périphrase. Respecter le rythme dans un tel cas relève du casse-tête. Idem pour le fameux « anyway ! » anglo-saxon mis à toutes les sauces pouvant se traduire par « de toute façon », « aucune importance », « peu importe », ou même un « bon ! » résolu ou le fameux « ça joue » suisse.

Un traducteur audiovisuel traduit toujours vers sa langue maternelle. Il doit se montrer capable de raccourcir une phrase sans en perdre le sens tout en respectant le style et les règles de grammaire et syntaxe. Son intervention ne se cantonne pas à se plier aux contraintes des 30 caractères par seconde lus sous un sous-titre. Il doit aimer les mots, les jeux de mots, sentir les subtilités et les différents registres lexicaux.

Le français « tel qu’on le cause » dans le pays de la francophonie

On pourrait penser que les contraintes de la traduction audiovisuelle s’allègent quand on traduit du français au français… Non, ce n’est pas une répétition faite par inadvertance ! Vous avez bien lu ! Un Français, un Suisse, un Belge et un Québécois ont un point commun. Ils parlent la même langue. Enfin, apparemment ! Car dans la réalité, c’est une autre histoire. Si un adolescent vivant dans les Ardennes belges vous dit qu’il a « brossé ses cours », il n’a pas un problème de prononciation. Il veut dire qu’il n’a pas été en cours ou qu’il a « séché ». De même, s’il vous rétorque que « sa copine joue avec ses pieds » n’allez pas vous faire un film et imaginer une bonne vieille technique d’approche. Non, elle n’essaie pas de le séduire, mais elle lui tape franchement sur les nerfs. Lorsqu’on vous affirme que vous ne saurez pas aller à Bruxelles » vous devez comprendre que vous ne pourrez pas aller à... Au moins, les Suisses et les Belges s’entendent sur un point. Ils comptent de la même façon. Septante, huitante et nonante sont prononcés naturellement pour dire soixante-dix, quatre-vingts et quatre-vingt-dix.

Vous l’aurez compris un traducteur audiovisuel fait de la haute voltige avec les mots. Sans lui, vous risquez fort de tomber à plat ou de commettre un contresens. À Bâle, quand vous entendez « Adieu ! » ne sortez pas vos mouchoirs. On vient à l’instant de vous dire « Bonjour ! » Alors, « ça joue » pour vous ou vous avez compris pourquoi la traduction audiovisuelle est vraiment une affaire de professionnel. La beauté d’une langue, la force des mots tiennent souvent à l’art de la nuance.

Traduction et voix-off, quoi d’autre ?

Au-delà de la qualité du sous-titrage et de la traduction, il est important de choisir une voix qui colle parfaitement avec votre message ou la scène. Le fameux « What Else » de notre cher Georges perdrait de son charisme, si le timbre était nasillard ou le rythme trop enjoué.

Pour autant, la majorité des budgets marketing ne permettent pas de faire appel à ces voix mythiques. La bonne nouvelle : de plus en plus de traducteurs sont spécialement formés aux spécificités de la voix off.

Vous avez dit "talent" ?

Dans le développement d'une entreprise, la traduction tient une place souvent négligée et pas suffisamment valorisée..

Et pourtant, elle le devrait car elle est l'image d'une entreprise et s'adresse souvent à une cible qui jugera l'entreprise à travers ces mots.

Je mets au défi tous les traducteurs germanophones pour réaliser une transcription aussi belle vers l'allemand que le texte d'origine écrit par Jean d'Ormesson.

Transcription étant bien plus que traduction.....

VOUS AVEZ DIT "TALENT"?....

Il y a anguille sous roche

Et pourtant le bouc émissaire qui vous a obtenu ce rancard

La tête de linotte avec qui vous êtes copain comme cochon

Vous l'a certifié

Cette poule a du chien

Une vraie panthère !

C'est sûr, vous serez un crapaud mort d'amour

Mais tout de même, elle vous traite comme un chien

Vous êtes prêt à gueuler comme un putois

Quand finalement la fine mouche arrive

Bon, vous vous dites que dix minutes de retard

Il n'y a pas de quoi casser trois pattes à un canard

Sauf que la fameuse souris

Malgré son cou de cygne et sa crinière de lion

Est en fait aussi plate qu'une limande

Myope comme une taupe

Elle souffle comme un phoque

Et rit comme une baleine

Une vraie peau de vache, quoi !

Et vous, vous êtes fait comme un rat

Vous roulez des yeux de merlan frit

Vous êtes rouge comme une écrevisse

Mais vous restez muet comme une carpe

Elle essaie bien de vous tirer les vers du nez

Mais vous sautez du coq à l'âne

Et finissez par noyer le poisson

Vous avez le cafard

L'envie vous prend de pleurer comme un veau

(ou de verser des larmes de crocodile, c'est selon)

Vous finissez par prendre le taureau par les cornes

Et vous inventer une fièvre de cheval

Qui vous permet de filer comme un lièvre

C'est pas que vous êtes une poule mouillée

Vous ne voulez pas être le dindon de la farce

Vous avez beau être doux comme un agneau

Sous vos airs d'ours mal léché

Faut pas vous prendre pour un pigeon

Car vous pourriez devenir le loup dans la bergerie

Et puis, ç'aurait servi à quoi

De se regarder comme des chiens de faïence

Après tout, revenons à nos moutons

Vous avez maintenant une faim de loup

L'envie de dormir comme un loir

Et surtout vous avez d'autres chats à fouetter.


Billet d'humour de Jean D'ORMESSON !!! Et hommage à la langue française

La transcription au service des négociations

Voici 100 ans, Victor #Hugo affirmait que les #traducteurs étaient des constructeurs de ponts permettant aux personnes de se rencontrer et comprendre au-delà de la barrière linguistique.

Voici peu de temps, un interprète a créé une véritable polémique en interprétant apparemment mal les propos de Vladimir Poutine lors d’un entretien avec Emmanuel Macron. Il a fallu que les services diplomatiques des deux pays interviennent pour ôter toute équivoque. On ne saura jamais si cette modification des propos était due à une mauvaise gestion du stress ou s'il s'agissait d'un acte d'autocensure..

https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/rencontre-macron-poutine-les-propos-du-president-russe-ont-ils-ete-tronques_3585311.html

Voilà tout le problème de la traduction en simultanée qui s’applique également à la transcription.

Cela dit, même en négociant dans une langue à première vue identique, nous arrivons parfois à des quiproquos ou imbroglios, d'où l'importance de connaître également la culture, le parcours des interlocuteurs ainsi que les spécificités d'un secteur ou d'un contexte politique.

La transcription dans les pays francophones

Si le négociateur doit slalomer entre les expressions idiomatiques et les particularités de deux langues, il en va de même pour le transcripteur francophone. Chaque pays a ses petites manies linguistiques, une fois ! Si vous vous trouvez à la fin d’un repas en Belgique et que vous entendez ou lisez « il lui donna une assiette profonde pour la salade de blé », ne vous plongez pas dans les dictionnaires. Vous n’avez pas à faire à une salade transgénique, mais à de la mâche servie dans une assiette creuse. Quant au « sucre impalpable » il désigne le sucre glace à saupoudrer sur une gaufre en même temps que vous dégusterez votre café dans une « jatte » à moins que vous ayez trop bu et que vous ne « sachiez plus tenir votre tasse » pour dire que vous ne pouvez plus la tenir !

Y’a pas le feu au lac !

Les transcripteurs doivent se montrer aussi agiles que perspicaces avec la langue. Au Canada, le "cellulaire"désigne le téléphone portable. En #Suisse, nous entendons 'j’ai oublié mon "natel"."Septante" et "nonante" sont systématiquement employés pour dire soixante-dix et quatre-vingt-dix et on nous vend les chocolats dans un "cornet" aussi efficace qu’un sachet pour les offrir. Une fois que vous avez assimilé que la transcription demande parfois une bonne gymnastique de l’esprit, vous ne rencontrerez plus de difficulté. Si à présent « ça joue » pour vous, nous avons réussi à vous monter l'importance de la transcription dans un contexte pour qu'il reste compréhensible pour le lecteur, l'auditeur ou tous les participants autour d'une table de #négociation.