Récit de voyage

Effet de confinement ou non, j'ai choisi de passer mon demi-siècle à relever en solo les 1060 km de routes, pistes cyclables et sentiers entre Strasbourg-Marseille à vélo (à assistance électrique) du 1er au 14 juillet 2020.

Défi, car j'ai fait le choix d'entreprendre un grand voyage en 14 étapes sans m'accorder de répit réel. En réalité le défi est double, c'est d'abord un challenge personnel où je devrais puiser dans mes réserves physiques et mentales pour atteindre mon but. Professionnel ensuite, car je me fais un point d'honneur à assurer la réactivité des demandes des clients de COM&MORE... en emmenant le bureau mobile sur mon dos.

Merci à toute ma "communauté", ma famille, mes contacts et amis pour leurs précieux conseils de ces dernières semaines. Grâce à vous, je me sens "gonflée à bloc" et parée à faire face à toute surprise.

Découvrez mes aventures au jour le jour.

12.7. - Avignon - St-Etienne du Grès. 50 km à vélo puis 15 km en voiture pour Maussane

Pourtant, c'était bien parti ! Grand coup de cœur pour Avignon, puis les différents villages traversés.. Montfrin, Beaucaire, Tarascon.. Un incendie au loin, le premier aperçu cette année.

En route pour la montée des Alpilles, du moins c'est ce que je pensais. Et tout d'un coup, clack. Ce n'est pas que la chaîne, bien pire.. mon tendeur à bagages s'est pris dans le système d'enroulement. Après avoir sollicité un couple de campeurs, la chaîne est remontée. Malheureusement je pédale dans le vide et le passage des vitesses ne fonctionne plus. Avec toute la débrouillardise du monde, un dérailleur électrique, cela ne se change pas simplement.

Grand moment de perplexité, mes neurones turbinent pour trouver une solution. Le numéro d'urgence de l'assurance prise avant le départ soit disant premium Komoot tombe sur un service situé en Allemagne. Heureusement, je suis allemande, also gar kein Thema. Hélas, le numéro de contrat que j'avais pourtant eu la bonne idée de sauvegarder en pdf est inconnu. Un nouveau problème à gérer, cela sera l'occasion d'exprimer mon verbe et ma verve juridique.

Plus urgent, le vélo. Impossible de monter les 15 km restant vers Maussane pour me rendre à la chambre d'hôtes. Le vélo dormira au café-bar où j'ai échoué à St-Etienne du Grès.

Heureusement, le couple d'hôtes (https://www.chambres-hotes.fr/chambres-hotes_la-villa-du-touret_maussane-les-alpilles_h3015599.htm ) est charmant et vient me chercher. Leur villa est magique et un havre de paix.

Le loueur de vélo www.stationsbees.com à Maussane , disponible un dimanche, qui de plus connait la marque de vélo électrique Riese und Müller, c'est comme six bons numéros au loto. Et pourtant, je pourrais récupérer mon vélo avec le véhicule du loueur demain matin en espérant que la réparation puisse être rapide. A défaut, ce sera un vélo de location. Car quel que soit le verdict technique demain matin, j'arriverai à Marseille sur le Vieux Port le 14 juillet. Le Ciel a souhaité tester ma motivation, elle est décuplée. J'ai dans ma tête la photo de Theo, un autiste incroyable que ses parents m'ont envoyée. Pour lui et tous les autres autistes, leurs familles, la Fondation Natan, 'ASF79 Apprends-moi', je ne lâcherai pas le morceau.

11.7. – Montélimar-Avignon - 92 km.

Ah mazette, quelle journée ! Avec le mistral dans le dos, c’est tout gagnant. Avec le mistral sur le flanc, c’est casse-bonbon. Avec le mistral en face, c’est la cagade.

Et sur tous les ponts traversés, c’est se mettre en dangier. Pour un peu, dis, que l’abeille s’envolerait dans le Rhône. La chance d’avoir un vélo lourd et de ne plus peser un poids plume. Ce mistral d’été transporte des effluves de lavande ou plutôt de lavandin. La lavande, m’apprennent deux cyclistes retraités depuis pas mal d’années, la lavande n’a qu’un seul épi floral par tige et pousse en altitude.

De leur petits noms Alain et Armand, ces deux amis cyclistes sont impressionnants et en pleine forme. Pas de vélo à assistance électrique, mais de vrais vélos de course. A 87 ans ( !!!), Armand est féru d’histoire et me parle du fameux Pont de St-Esprit. Nous voici à faire ensemble quelques kilomètres à la queue leu leu, jusqu’au fameux pont et le village du même nom. La légende raconte que le Saint-Esprit aurait pris l’apparence d’un treizième ouvrier venu prêter main forte aux douze compagnons présents sur le chantier, sans demander salaire, si bien qu’il fut décidé de donner son nom au pont, puis à la ville. Une chapelle est également intégrée au pont – qui fut détruit par les américains en 1944. J’aurais tant aimé passer encore plusieurs heures à découvrir ces histoires passionnantes, à sillonner le marché provençal en ébullition, je dois reprendre la route.

La ViaRhôna est extraordinaire et le vélo avance presque tout seul. Un peu moins sympa, le trajet longeant la A7. A proximité d’Orange, l’autoroute passée au rouge déverse des wazeurs pas futés sur «ma» piste. Certains ont l'idée de me klaxonner. Mon majeur s’exprime plusieurs fois, je commence à prendre le rythme marseillais.

En fin d’après-midi, j’arrive dans l’hypercentre d’Avignon : le pont ainsi que le Palais des Papes sont splendides. Quelle chance de vivre ces moments exceptionnels. Demain, direction Maussane- les-Alpilles, avec une belle grimpette en perspective : la beauté de ces paysages se méritent. Mais n’est-ce pas ainsi pour toutes les belles choses dans la vie ?

10.7 – Tournon s/Rhône – Montélimar – 77 km

La ligne d’arrivée approche. Grâce à un hôtelier très prévenant à Tournon, j’évite la route par Valence ce qui me vaut un agréable trajet plus confidentiel sur l’autre rive et infiniment plus serein qu’hier. Le vélo s’écoule dans une cathédrale émeraude et sous une température très agréable, bien plus supportable que la canicule de la veille.

Une bonne quinzaine de kilomètres plus loin, je découvre un des plus opulents vergers français, quelle impressionnante succession d’arbres fruitiers de toutes sortes, y compris des kiwis !

« La récolte est en avance cette année de 3 semaines !» me racontent Benoît et Magali, qui cueillent leurs pêches jaunes et blanches à la main et à maturité. Chacune est délicatement placée dans une cagette. Quels arômes exquis ! Lors de votre prochain passage à Saint-Péray, n’hésitez pas à vous arrêter dans leur boutique (http://www.le-fruitier.net/), que du bonheur de soutenir des producteurs locaux aussi passionnés et de déguster des fruits en direct de l’arbre.

Au Pouzin, les premiers ifs confirment que le Sud de la France est atteint.

Plusieurs fois la ViaRhôna change de rive : un des plus admirables points de passage entre la Drôme et l’Ardèche est la passerelle suspendue de Rochemaure. Construite en 1858, partiellement détruite au XXe siècle, elle a été retransformée en passerelle himalayenne en 2013. La hauteur reste supportable, pas de crise de panique comme cela peut parfois m’arriver en montagne.

L’arrivée dans la banlieue de Montélimar se fait par la Nationale 7. Pas d’autre choix que de se frayer un passage le long des camions et quelques âmes esseulées qui semblent attendre quelqu’un en bord de route 😉. Arrivée en pleine forme à l’hôtel, je découvre les superbes photos du shooting inopiné d’hier par Régis Bouchu dont vous découvrez un échantillon. A demain, peut-être pour une danse près du Pont d’Avignon.

9.7. - Lyon-Tournon sur Rhône - 102 km

zzzzzzzzzzzzzzz TRAFIC .zzzzzzzzzzzzzzz PEDALER, ENCORE et ENCORE PEDALER, CHAUD TRÈS CHAUD zzzzzzzzz BOIRE zzzzzz BOIRE zzzzzzzzz PEDALER ......PLUS DE BATTERIE. zzzz ARRIVÉE.

C'est à peu près l'état dans lequel j'étais en arrivant, liquide et épuisée. Mais, ca y est, la bête est repartie et je m'en vais vous conter cette journée.

Evidemment, la sortie de Lyon a pris du temps, trouver la bonne voie, se tromper, prendre un trajet bis et retomber sur la ViaRhôna. Dans l'ensemble une bonne route et en général au minimum une bande cyclable.

Passé Givors, les paysages sont dignes de cartes postales. Des appellations - Ampuis, Condrieu - qui rappellent de belles dégustations , et qui en appelleront d'autres, des noms de vignerons célèbres, - Guigal, Chapoutier - des vignes superbement exposées. Mais pas de petite Weinstub sur la ViaRhôna et je veux tracer.

La chaleur est de plus en plus accablante, la brise semble être sortie tout droit d'un sèche-cheveux. Mon rythme en pâtit et je dois m'arrêter fréquemment pour m'hydrater.

La route passe entre les abricotiers et les pêchers, je me serais bien arrêtée pour en cueillir, mais je me retiens.

Dans un méandre verdoyant, je croise Régis, un photographe qui me demande un service, servir de modèle cycliste pour les photos que le Groupe Eiffage lui a demandées. En effet, la société vient de revêtir la piste d'un superbe bitume hydrofuge. Mon train arrière sera donc peut-être sur un de leurs supports de communication. Heureusement en près de 700 km, il commence à se muscler.

Les derniers kilomètres sont de plus en plus difficiles, une bouffée d'oxygène, l'appel du Président de ASF79 AUTISME SANS FRONTIERE , heureux comme tout que je leur dédie - à travers la Fondation Natan - mon défi. J'arrive enfin, la batterie totalement déchargée, épuisée mais heureuse d'y être arrivée. Demain, Tournon-Montélimar avec des orages annoncés.





8.7. – Mâcon-Lyon – 80 km

Drôle de trajet et tellement varié. Mon application choc Komoot a décidé de me faire passer au niveau expert. J’ai fini par la faire taire et naviguer à l’ancienne.. au pif.

Petite parenthèse : effet collatéral de plus de 600 km à vélo mon pif est rouge, mes lèvres gonflées (j’ai enfin acheté un baume de protection), mes genoux très, mais vraiment très bronzés et juste au-dessus des genoux, c’est tout blanc. Autour des yeux, je prends la marque des lunettes. Mes pieds ont la marque des sandales. Bref, à Marseille, je serai devenue panda-zèbre et insortable sur une plage. Vous savez quoi ? Das ist mir sowas von egal 😉.

Retournons au sujet principal, mon trajet Mâcon-Lyon est une alternance de départementales et de bords de Saône caillouteux. Plutôt que de risquer une crevaison, je bifurque. Un automobiliste s’arrête pile à ce moment pour me conseiller un trajet plus adapté. Je le retrouve un peu plus tard un peu par hasard à la terrasse du café d’un village. Patrick évoque la maladie de sa maman pour laquelle il se dévoue depuis plus de dix ans et l’épuisement qui le guette. Petite pensée émue pour ma belle-maman partie ce 1er janvier et à ma belle-sœur qui lui a dédié toute sa vie. Petite pensée à tous ces aidants de l’ombre, à toutes ces médailles qui se mériteraient dix, cent fois, quel incroyable amour inconditionnel porté aux proches. Malgré tout, Patrick a le sourire jusqu’aux oreilles, me raconte ses rencontres insolites avec d’autres cyclistes et me dit que la vie est très belle. Un joli moment de discussion.

On the road again, mon vélo avance vaillamment sur la départementale avec le Beaujolais à l’horizon sous un ciel bleu. Il y a pire. Merveilleuse pause déjeuner sous des châtaigniers centenaires avec vue sur le pont de Beauregard.

L’arrivée sur Lyon nécessite cependant un excellent sang-froid. Félicitations à mon ange-gardien, il a bien géré les équipes venues en renfort aujourd’hui. Me voici dans l’hyper-centre, à proximité de la place Bellecour. A demain pour le récit du trajet Lyon-Tournon sur Rhône.



7.7. - Chalon s/Saône - Mâcon. 80 km

Quelle belle journée, si ce n'est l'une des plus belles jusqu'à présent.

Autant le trajet de veille ne m'avait pas impressionnée, celui d'aujourd'hui fut magique.

Tout d'abord, la piste, une merveilleuse voie verte - une ancienne voie ferrée - , très souvent ombragée, bucolique car longeant des kilomètres de vignes avec une qualité de bitume incroyable.

Le tout premier arrêt se fait dans le superbe village de Givry en milieu de matinée, non pas pour y déguster un petit vin du cru - ce ne serait pas sérieux si tôt, mais un petit café / croissant sur fond musical qui me transporte dans un Feel Good movie américain (un peu dans le style "Une grande année" avec Russell Crowe), kitsch, improbable mais totalement feel good.

De quoi donner des ailes pour les 43 km jusqu’à Cluny - pour les matheux, cela fait combien de coups de pédale pour un vélo de femme (pneus 28 x 1,75) ?

En attendant la réponse , je tourne un peu dans ce lieu historique, superbement restauré. Compliqué de visiter l'enceinte de l'Abbaye dont il ne subsiste que quelques vestiges. Avec le vélo et surtout les bagages, ce sera une salade sur la place devant.

De retour sur la voie verte, j'attaque une montée assez conséquente jusqu'à un autre site touristique .. un ancien tunnel ferroviaire, le tunnel du Bois Clair. Il s'agit du plus long tunnel de France désormais ouvert à une voie verte (1,6 km). Entièrement éclairé, 6 à 8 minutes sont nécessaires pour le franchir à vélo. Comme dans une grotte, avec ses 11°, l'air pique un peu : il semblerait même que des chauve-souris y habitent.

Ce soir, je dors dans la banlieue de Mâcon, pas d'escargots ou d'autres spécialités culinaires car aucun restaurant à l'horizon et aucune envie de reprendre le vélo. Ce sera une commande du moins pire sur UberEats.

Demain, arrivée prévue à Lyon ! C'est un circuit réputé dangereux, je serai donc d'autant plus vigilante.

En attendant, je partage avec vous un lien vers l'article paru ce soir dans l'Est Républicain et qui parle de mon périple, du coach Hamid Bouamar et de la Fondation Natan - à laquelle je dédie ce beau challenge.

Article Est Républicain 7 juillet 2020

6.7. – St-Jean de Losne - Chalon sur Saône. 66 km

Ce n’est pas de sitôt que je verrai l’Abbaye de Cîteaux (je vous ai prévenu, mon humour germanique est désolant). Celle-ci étant fermée au public le lundi, j’ai préféré ne pas risquer un détour sans garantie de visite.

Donc, St-Jean-de-Losne en direction de Chalon sur Saône sans aucun détour. La journée pourrait se résumer ainsi : des champs, parfois la Saône, parfois le Doubs. Mon amie Monika – qui avait fait le trajet de Strasbourg en Muscle-Bike pour descendre en Ardèche il y a deux ans m’avait prévenue que la route des Vins serait une alternative plus mémorable. Je t’écouterai, Monika.

A défaut d’une route des Vins : je goûte : le petit Givry blanc d’hier et le Mâcon-Chaintré de ce soir étaient fort sympathiques, totalement différents l’un de l’autre, alors que les deux sont issus d’un même cépage : le Chardonnay. Saviez-vous d’ailleurs que, contrairement à d’autres cépages tel que le pinot gris, les arômes du Chardonnay sont en règle générale dit tertiaires. Quésaco ? Ce petit article de la Revue des Vins de France explique assez bien la différence entre les arômes primaires, secondaires et tertiaires : (https://www.larvf.com/,aromes-tertiaires-definition-dictionnaire-du-vin-vocabulaire-lexique,10355,4025443.asp)

Revenons au déroulé de la journée : mon petit moment tout à fait personnel, le passage sous l’autoroute A36. La dernière fois que j’avais franchi le pont en voiture, j’avais aperçu le canal et déposé un post-it mental à moi-même sur la piste cyclable pour me féliciter d’être arrivée jusque-là à vélo. Un peu comme s’il était possible de traverser l’espace-temps pour revenir en arrière ou se rendre dans le futur. Essayez, c’est intéressant comme perspective de se dire qu’il est possible de semer les pensées comme des graines. Que diriez-vous aujourd’hui à votre moi de 30 ans ou celui de 70 ?

L’arrivée sur Chalon est peu spectaculaire. Heureusement que la vieille ville est assez coquette. La Cathédrale St-Vincent vaut le détour. La petite tartelette aux grenouilles désossées une belle surprise pour clôturer cette sixième journée. Demain, Mâcon avec un passage à Cluny.

5.7. Quingey - St-Jean de Losne -71 km.

Changement de décor(s) aujourd‘hui. Partie ce matin de Quingey, la très raide montée du départ n’est plus qu’un vague souvenir arrivée à la Percée de Thoraise.

Ce tunnel insolite du 19ème siècle est non praticable à vélo et long de 184 m. Il permet aux bateaux d'éviter un long méandre du Doubs (4 km) entravé de barrage. A l’une des deux entrées (de ma perspective la sortie) se dresse une jolie chute d’eau artificielle.

Ma route se poursuit toujours le long du Canal, direction Dole dans le Jura à quelques heures de route. Tout en savourant mon sandwich comté-morbier, je profite d’une jolie vue sur la basilique Notre-Dame de Dole. Avec ses 73 m de hauteur, son clocher très original est le plus haut de Franche-Comté.

Les paysages évoluent et j’arrive enfin à St-Jean-de-Losne où le Doubs, la Saône et le Canal de Bourgogne sont pratiquement voisins. Ce soir, pas de truite aux morilles, mais peut-être une friture ou des cuisses de grenouille en bord de Saône.

Pour moi, c’est la fin de l’Eurovéloroute 6, car demain j’amorce ma descente vers le Sud, direction Chalon s/Saône. Je ferai probablement un crochet à l’Abbaye de Cîteaux, ces lieux sacrés et l’énergie qui s’en dégage me fascinent, l'occasion de se recueillir et de remercier le Ciel de veiller sur moi et mon vélo.


4.7. Clerval - Quingey - 79 km.

La Franche-Comté a la fâcheuse réputation d'être une région très pluvieuse. Or, la météo est tout simplement extraordinaire aujourd'hui. La magie opère. Depuis Clerval, en passant par Baume-les-Dames, Deluz et Besançon, je pédale sous un ciel bleu.

De spectaculaires falaises surplombent la Vallée du Doubs qui s'offre telle une émeraude. Quelques vaches caramel se rafraîchissent les gambettes dans la rivière. Tout semble cohabiter en harmonie : les bateaux, les cabanons de pêcheurs, promeneurs et cyclotouristes et quelques sportifs de haut niveau (dont de nombreux bien plus âgés que moi).

Un impressionnant tunnel cyclable permet de passer sous la falaise qui domine Besançon et de retrouver le Doubs. Je décide de ne pas visiter la vielle ville . Ce sera un plaisir à partager à deux lors d'un prochain périple.

Saviez-vous que l'Eurovéloroute totalise 4.448 km d'itinéraire cyclable et permet de traverser l'Europe à vélo de l'Atlantique à la Mer Noire ? Pour vous donner une idée de la partie française, allez voir le site France Vélo Tourisme. Sur le tronçon que j'emprunte, la signalétique est remarquable.

Néanmoins, pour bifurquer vers Quingey, je demande conseil à mon ami Google, option vélo - au lieu d'utiliser la formidable application Komoot - . Un vrai traque-renard ;)

A peine l'Eurovéloroute 6 quittée, je me retrouve sur un trail. Evidemment, têtue comme je suis, j'invente une nouvelle discipline sportive : pousser le vélo sur une montée avec facilement 200 mètres de dénivelé. J'ai rarement autant transpiré, la bête est bien lourde : 25 kg de vélo plus les trois sacoches bien remplies ... Mais pour le rappeler encore une fois : les efforts fournis par les enfants autistes pour simplement apprendre à pédaler, mon effort ponctuel est bien peu de chose en comparaison. N'hésitez pas à faire un don à la Fondation Natan pour soutenir les aidants des autistes !

Finalement, je retrouve le bitume et entame une succession de montées et de descentes avec quelques pointes de vitesse à près de 40 km/h jusqu'à ma nouvelle escale, la petite bourgade de Quingey au cœur de la Vallée de la Loue.

Ce soir, la fameuse truite de la Loue aura une place de choix dans mon assiette, de quoi recharger les batteries.

3.7. Belfort - Clerval - 65 km. Maître-mot de cette journée un peu particulière : zénitude. Zénitude d’avoir un demi-siècle et de l’assumer. Zénitude d’avoir une merveilleuse famille, un mari formidable et des enfants formidables.

Zénitude d’avoir été gâtée par mon fils et ma belle-fille hier à Belfort et de me délecter d’excellentes viennoiseries et sans aucun complexe au petit déjeuner.

Zénitude également d'avoir une fille diététicienne qui me prodigue d'excellents conseils pour réaliser un périple de 1060 km (elle donne des consultations au Lavandou ou à distance, si cela vous intéresse) : https://www.dietartis.com/blog/regimes/nutrition-du-sportif/les-bases-alimentation-sportif-d-endurance

Zénitude car ces 65 kilomètres de Belfort à Clerval avec mon vélo rouge Ferrari n’ont été que du plaisir, les paysages du Doubs sont doux (OK, je suis célèbre pour mes jeux de mots pourris ou mon humour "allemand" : comique, ce sera dans une prochaine vie).

Zénitude ce soir, car mon homme vient de Strasbourg passer la soirée à Clerval,

N’ayez pas peur d’avoir 50 ans, soyez zen, peu importe les petites marques du temps, les écueils que nous avons tous rencontrés, la vie est belle et ce qui compte ne s’achète pas avec de l’argent (bien qu’un carnet de commandes bien rempli et des clients heureux me plaisent toujours !).


2.7 - Biesheim-Belfort. 100km.

100 km pile poil en 7h. D’accord, pas une performance digne du Tour de France, mais je l’ai fait. Eh bien, je ne pensais pas que j’en serai capable. Hormis de vagues signaux dans les genoux, je suis plutôt en forme. Pourtant menaçant, le Ciel est de mon côté, la nature abondante m’offre toute une poésie de fleurs.

Démarrage ce matin à Biesheim, un petit passage en haut des fortifications du Vieux-Brisach, j’emprunte les voies vertes qui m’amènent devant le panorama de Fessenheim, désormais à l’arrêt, puis pendant des kilomètres dans la merveilleuse Forêt de la Hardt.

La traversée de Mulhouse se fait et enfin je retrouve le canal Rhin-Rhône. Quelques rares cyclistes croisés ont tous des sourires jusqu’aux oreilles. Décidément, le vélo révèle beaucoup de bienveillance chez l’être humain. Je circule courageusement et monte un peu plus à chacune des nombreuses écluses. Enfin, le Territoire de Belfort s’annonce, je bifurque avec de jolies montées et descentes jusqu’à la Ville de Belfort.

Mon défi est ponctué de belles rencontres, même en amont de mon trajet. A Belfort, sous le regard du fameux lion, j’ai rendez-vous avec le Coach Hamid. Ce jeune monsieur incroyablement modeste a pourtant réussi un exploit : faire Belfort-Marseille à vélo en 3 jours, puis 2 puis d’une seule traite entre 2015 et 2018. Voir sa page Facebook "Belfort-Marseille à vélo".

Au gré de la conversation – à laquelle s’est jointe une journaliste– j’évoque une autre rencontre sur la toile, celle avec le Président de Fondation Natan. En effet, en soutenant plusieurs associations, la Fondation Natan vient en aide aux enfants et aux jeunes adultes confrontés à de graves difficultés d’insertion. Parmi ses actions, elle organise un challenge vélo, le Natan’s Bike, dédié aux enfants autistes. Saviez-vous que les enfants autistes et leurs parents doivent faire preuve de beaucoup de persévérance et d’une énergie incroyable pour maîtriser la petite reine ? Je l’ignorai encore il y a quelques jours.

Et le plus fou dans cette histoire, c’est que le Coach Hamid nous explique qu’il est autiste …il y a des hasards qui n’en sont pas.

1.7. - Ca y est ! Le jour du grand départ est arrivé ! Après avoir bataillé pour installer tout le matos - 2 sacoches latérales, une sur le porte-bagage arrière et une sacoche sur le guidon, j’ai réussi à partir ce matin de chez moi à Cronenbourg vers 9h15. La météo est sublime, le ciel est bleu et la température parfaite. Direction l’étape 0 symbolique devant le 81 Grand’Rue à Strasbourg où Rouget de Lisle composa un chant de guerre qui deviendra la Marseillaise. Pour toutes celles et ceux qui trouvent les paroles un peu trop guerrières , je salue au passage l'action de Béatrice Larat-Belliot, Yannick Iffer et des collégiens de Rouget de Lisle à Schiltigheim qui ont interprété les paroles avec beaucoup de fraîcheur. http://www.musicaschilick.fr/pages/projets/2015-2016/les-enfants-de-rouget-a-ll-hotel-de-la-prefecture.html

Un peu après la Musée d’Art Moderne, je retrouve la merveilleuse piste cyclable jouxtant l’ancien canal Rhin-Rhône. Le bonheur total, un canal de plus en plus sauvage, des truites et même des carpes qui ondulent dans une onde limpide. Si je m’appelais Pocahontas, j’en aurais bien pêché pour mon déjeuner. Note à moi même : vérifier avant que les restos prévus en étape sont bien ouverts. Heureusement que la faim n’était pas trop au rendez-vous et que j’avais toute l’eau qu’il faut. Cela dit, j’ai de la réserve depuis le confinement et l’idée de piocher quelques ressources dans mon ventre est motivante.

Arrivée à Biesheim un peu après 14h. Quelle bonne idée d’avoir réservé une chambre à l’hôtel avec une belle table pour ce soir, je ne me verrai pas du tout monter une tente ou cuisiner sur un camping-gaz. Demain direction Belfort ;)


29.6.2020 - (J-2) - Au gré de mes échanges autour de mon challenge, j'ai découvert toute la difficulté liée à l'apprentissage du vélo par les enfants autistes. Quelle patience et quelle énergie pour relever le défi - tout autant pour les parents que pour l'enfant concerné ! Ce sont de véritables héros👏 !

La Fondation Natan soutient depuis 2012 ces héros du quotidien à travers son engagement dans ASF 79 - Apprends-moi. Parmi ses actions, elle organise également tous les ans le challenge vélo 'Natan's Bike'. Malheureusement le COVID-19 en a décidé autrement cette année😥.

Je dédie donc volontiers mon défi sportif personnel Strasbourg-Marseille à 🚲- dont le top départ sera donné dans 2 jours - à l'action de la Fondation Natan en espérant lui donner un peu de visibilité....

Psst... pour faire un don, même un tout petit, cliquez sur le lien ci-dessous : 😀